Régulièrement, la
SACEM honore et encourage ses auteurs en remettant deux fois par
ans de nombreux prix. Parfois surpris, les jeunes lauréats
(membres de groupes de rock, frais chanteur à midinette)
découvrent qu’il y a des personnes derrières la
très sérieuse Société qui gère
les droits d’auteurs. Rien que pour découvrir leur
mine réjouie, leur enthousiasme juvénile et
sincère, ces prix vaudraient d’être retransmis
sur une chaîne de télévision
dédiée à la musique…
Ainsi, les Prix SACEM de Printemps ont
été attribués voilà quelques
jours.
Les Prix de Printemps sont très différents des Grands
Prix de décembre. Ils sont nés de legs et de
donations et de la volonté de certains de grands anciens
membres d’honorer les genres musicaux les plus divers. La
musique contemporaine y est fortement représentée,
aux côtés d’expressions musicales les plus
variées allant du rock à
l’accordéon.
Parmi les lauréats distingués cette année,
j’avais envie de donner un coup de chapeau à un
garçon visiblement surdoué (lisez donc son CV un peu
plus loin…) Karol Beffa,
récipiendaire du Prix du SACEM des
Jeunes Compositeurs. Présenté affectueusement
par Laurent Petit-Girard
Président du Conseil d’Administration de la SACEM (et
Compositeur de musique de film et d’œuvres
contemporaines), ce jeune homme surdoué fascine par son
parcours, certes, mais c’est l’étonnant
mélange de disciplines avec une sensibilité
particulière pour le cinéma (il a été
comédien étant enfant, incarnant Mozart à 8
ans, et accompagne régulièrement des films muets au
piano) qui en fait un compositeur au profil pertinent. On pourrait
imaginer de sa part très prochainement un travail autour de
l’image cinématographique…
Aussi, je voulais vous montrer sa bobine.
Et vous dire combien c’était une grande joie pour moi,
journaliste, pianiste à ses heures, assise à
côté d’Alain Chamfort ( !) dans
l’auditorium Debussy, que de voir toutes les disciplines de
la musique fêtées par des membres de tous âges
et de tous styles musicaux, des plus sérieux aux plus
extravertis.
Et
vous dire, enfin, à quelques jours de la fête de la
musique, combien, ici, à la SACEM, on se mobilise pour
défendre et protéger les droits d'auteurs en grand
danger devant l'ogre Internet et le téléchargement
gratuit des oeuvres. Je suis de ceux qui achète (encore) ses
disques, avec le plaisir de retirer l'emballage plastique, de
caresser l'objet, de le tourner en tout sens, d'en retirer le
livret pour m'instruire, tout en écoutant tel morceau de
Jazz, de Blues, de classique, ou telle musique de film
dénichée à la boutique chez MK2 avant d'aller
au cinéma avec my husband voir un film pour lequel nous
payons notre place - plus une glace vanille-caramel. Payer pour
l'art, c'est garantir à nos enfants que demain, ils auront
aussi cette diversité, cette profusion d'offre culturelle
à portée de main, et non une seule offre
décidée par un unique groupe multi-média
régissant images, musiques, bouquins.
A bon entendeur.
Le petit CV de Karol Beffa :
Karol Beffa, né en 1973, mène parallèlement
études générales et études musicales
après avoir été enfant acteur entre sept et
douze ans dans plus d’une quinzaine de films (il a notamment
joué avec le Piccolo Teatro di Milano sous la direction de
Giorgio Strehler et a interprété Mozart à huit
ans dans un téléfilm de Marcel Bluwal). Reçu
premier à l’École Normale Supérieure
(Ulm), il étudie l’histoire (licence), l’anglais
(maîtrise), la philosophie (Master à
l’université de Cambridge) et les mathématiques
: il est diplômé de l’École Nationale de
la Statistique et de l’Administration Economique (Ensae).
Entré au Conservatoire National Supérieur de Musique
de Paris en 1988, il y obtient sept Premiers Prix (harmonie,
contrepoint, fugue, musique du XXe siècle, orchestration,
analyse, improvisation au piano) et le Prix d’accompagnement
vocal. Reçu premier à l’Agrégation
d’éducation musicale, il enseigne à
l’Université Paris IV-Sorbonne (1998-2003) puis
à l’École Polytechnique. Il a obtenu en 2003 le
titre de docteur en musicologie en soutenant une thèse de
doctorat portant sur les Études pour piano de György
Ligeti. En 2004, il a été élu Maître de
conférence à l’École Normale
Supérieure (Ulm). Pianiste, Karol Beffa s’est produit
plusieurs fois en soliste avec orchestre, a joué à la
salle Cortot, à la salle Gaveau, au Festival de Radio-France
à Montpellier, au Festival Piano-en-Valois, à la
Halle aux Grains de Toulouse, au festival du Périgord
noir... Par ailleurs, il se produit régulièrement en
concert en accompagnant des lectures de textes et des films
muets.
Il donne des concerts d’improvisation sur des
thèmes suggérés par le public, genre
qu’il est l’un des seuls pianistes à proposer en
Europe. Compositeur, ses œuvres ont été
jouées en France (salle Pleyel, théâtre du
Châtelet, auditorium Olivier Messiaen...), en Allemagne, en
Italie, en Grande-Bretagne, en Russie, aux États-Unis et au
Japon par des ensembles aussi célèbres qu’A Sei
Voci, la Maîtrise de Radio France, les Cambridge Voices et
par les plus grands orchestres (Philharmonique de Radio France, de
l’Opéra de Lyon, de Bretagne, Bayeri- sche
Kammerphilharmonie, Baltic Chamber Orchestra, Philharmonie de
Saint-Pétersbourg...).
Il a bénéficié de commandes de nombreux
festivals: Saint-Lizier, Juventus, Couperin en concerts, le
Festival d’art sacré de l’Abbaye de
Sylvanès, le Festival des forêts, le festival Chartres
en plein chant... En 2000, la Biennale internationale des Jeunes
Artistes de Turin l’a sélectionné pour
représenter la France. En 2002, il était le plus
jeune compositeur français programmé au Festival
Présences. Pour l’année 2004, le Festival
Musique en Tréfilerie lui a consacré une
rétrospective et le salon d’honneur des Invalides un
portrait sous forme de deux concerts.
Commande de Musique Nouvelle en Liberté, son œuvre
“Fictions”a été jouée neuf fois
par l’Orhestre National des Pays de la Loire.
En juillet 2005, un oratorio-ballet sur la vie de Marie-Madeleine a
été entendu à trois reprises en Provence. Mars
2006 a vu la création d’une pièce par
l’orchestre de Pau, sous la direction de Fayçal
Karoui. C’est la première fois en France, qu’une
souscription était lancée auprès du public
pour passer commande à un compositeur. Compositeur en
résidence de l’Orchestre National du Capitole de
Toulouse depuis 2006, la création, en janvier 2008, de son
concerto pour violon a été saluée unanimement
par la presse ; l’œuvre sera reprise en tournée
en mars 2009. Après plusieurs pièces —
“Metropolis”, “La Nef des fous”,
“Orange mécanique”, “Études 2 et 5
pour piano” — où le compositeur explore avant
tout le pôle rythmique, nerveux, déjanté,
désarticulé de son imaginaire
(le“clocks”, pour reprendre la terminologie de Ligeti
à propos de sa pièce “Clocks and
Clouds”), Karol Beffa retourne à ses amours
premières et revient à des climats
étales, contemplatifs, harmoniques (le
“clouds” de Ligeti).
Son actualité :
En mai-juin 2008, il est le compositeur invité du Festival
d’Auvers-sur-Oise et de Suona francese (Rome), en juillet des
"Pianissimes" de Neuville-sur-Saône. Septembre 2008 verra la
création d’un trio flûte, alto et harpe,
co-commande de Marie- Pierre Langlamet et de la Fondation de la
Philharmonie de Berlin ; avril 2009 celle d’un quatuor
à cordes pour le quatuor Capuçon (Madrid) ; mai 2009
celle d’un concerto pour piano, à la demande de Boris
Berezovsky, avec l’Orchestre National du Capitole.
Karol Beffa est boursier de l’Institut de France en
composition (2001), lauréat de la Fondation Lili et Nadia
Boulanger (2001), boursier de l’Académie musicale de
Villecroze et lauréat de la Fondation Natexis (2002),
lauréat de la bourse des Muses
(2004), finaliste du concours international de composition de
Prades (2005 et 2007) et lauréat du Prix Charles Oulmont
(2005).
Discographie :
• “Six Études, Sillages et Voyelles pour
piano” (par Lorène de Ratuld), coup de cœur de
l'Académie Charles-Cros, recommandé par Arte
• “Trois Étudespour piano” (par Dana
Ciocarlie)
• “Metropolis” (par Arnaud Thorette et Johan
Farjot)
• “Masques I et II” (par Renaud et Gautier
Capuçon)
• “Subway (par Romain Leleu et Julien Le Pape)
• “Après une lecture de Bach...” (par
Marina Chiche)
• “Improvisations” (par Karol Beffa)
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