Au printemps 1959, arrive sur les écrans un film
qui allait marquer les esprits. Outre les prestigieuses
récompenses obtenues (Palme d’or en 1959 à
Cannes, Oscar du meilleur film étranger à Hollywood
l’année suivante), Orfeu Negro de
Marcel Camus donnait à voir
plus qu’une transposition du mythe d’Orphée dans
la frénésie du carnaval de Rio de
Janeiro.
Exceptionnel pour l’époque, tous les
rôles de ce film étaient tenus par des acteurs noirs
(Marpessa Dawn et Breno Mello pour les rôles vedettes), alors
inconnus du grand public.
Autre particularité du film : la musique.
Elle y tient une place prépondérante. Y figurent
trois perles de la musique brésilienne dans leur version
originale immaculée, : Manhà de Carnaval, A
Felicidade et Samba de Orfeu dans leur version
originale. Nés du génie d’Antonio Carlos Jobim, Luiz
Bonfà et Vincius de
Moraes. À cette bande sonore s’ajoutent les
musiques de carnaval accompagnant les défilés
traditionnels, comme le frevo. La manifestation de la
ferveur religieuse où se mêlaient des influences
amérindiennes et africaines étaient également
une partie importante de cette partition où beaucoup
découvraient ce qu’est la
macumba…
ORFEU NEGRO – petite
histoire de la bande sonore
Au soir du 12 mai
1959, au palais des Festivals de Cannes, on découvre un film
étrange, réalisé par Marcel Camus à Rio
de Janeiro, interprété par des acteurs noirs inconnus
du public et présenté, faute de temps, sans
sous-titres permettant d’éclairer le sens des paroles
brésiliennes. Qu’importe si les dialogues
échappent à l’entendement, les amours
d’Orphée et d’Eurydice composent une histoire
universelle que les rythmes du carnaval auréolent d’un
charme inédit. « Les sambas de l’Orphée
Noir ont électrisé le festival ! », titre
l’Aurore
dès le
lendemain, plaçant l’outsider franco-brésilien sur le chemin de la victoire
devant les Quatre cents
coups de
François Truffaut. Le jury décerne la Palme
d’Or à Orfeu
Negro, au moment même où Philips lance sur le
marché français le premier album de la bande
originale et révèle au public les mélodies de
Tom Jobim, la guitare et les compositions de Luiz Bonfá,
ainsi que la poésie de Vinícius de
Moraes.
Le disque comporte
deux titres qui feront date dans l’histoire de la musique
populaire brésilienne : A
Felicidade, de Jobim
et Moraes, et Manhã de
Carnaval composé par Bonfá sur des paroles du
journaliste et poète Antônio Maria.
Interprétées par Agostinho dos Santos et Elizeth
Cardoso, ces chansons connaissent un succès
immédiat.
Parallèlement, de nombreux musiciens occidentaux
se lancent dans l’aventure d’Orfeu Negro, sorti en salle le 12
juin 1959. En France, une kyrielle de chanteurs enregistre
La Chanson
d’Orphée et Adieu
tristesse. Aux
États-Unis, après une sortie remarquée en
décembre 1959, le film reçoit l’Oscar du
meilleur film étranger en 1960 et la bande originale,
lancée par Epic en juin 1960, trouve un large écho
auprès des jazzmen nord-américains.
Pour plusieurs
d’entre eux, Orfeu
Negro s’apparente à la découverte
d’un Nouveau Monde sonore. Dizzy
Gillespie : « J’ai découvert la samba
avec la bande originale d’Orfeu Negro. Lorsque les musiciens
ont commencé à jouer, je me souviens avoir
pensé : mais, ce sont mes frères là-bas ?
Quand je suis arrivé au Brésil, je me suis rendu
compte que c’étaient vraiment des frères et
qu’il existait une vraie relation entre nos musiques
».
Orfeu
Negro signe le point
de départ de l’expansion de la musique
brésilienne dans le monde. La bande originale annonce
la Bossa Nova, dont les premiers échos parviennent aux
États-Unis au cours de l’année
1961.
Avant-goût de
la bossa nova, Orfeu
Negro dessine un
triangle musical inédit entre la France, le Brésil et
la côte ouest des États-Unis. De manière
générale, la bande originale frappe par sa
diversité. Loin de prendre parti dans la querelle des
Anciens et des Modernes, Camus offre au spectateur
d’Orfeu
Negro un panorama de
la musique populaire brésilienne des années 1950,
alliant les rythmes afro hérités de
la période coloniale aux propositions novatrices de Jobim et
Bonfá.
La musique
traditionnelle est présente dans la série des
pontos de macumba
enregistrée dans des terreiros de la région de Rio, marquée par la forte
prégnance de l’umbanda – croyance
syncrétique mêlant éléments africains,
catholiques et spirites. Accompagnés de battements de
mains, atabaques et agogô, chantés en portugais et entrecoupés de
cris manifestant la transe des participants, ces enregistrements
constituent des documents ethnologiques de premier ordre, dont la
force esthétique prend le contre-pied des
préjugés en vigueur dans la société
brésilienne de ces
années-là.
La musique
carnavalesque est également à l’honneur, avec
les batucadas
interprétées par
les baterias
des écoles de samba les plus
prestigieuses de l’époque. Enregistrés en
studio, ces ensembles de percussions rendent compte de la
diversité des rythmes du carnaval carioca :
la samba, mais aussi le frevo,
danse des ombrelles venue de Recife, dont Jobim reproduit le rythme
binaire et syncopé dans Frevo do Orfeu.
A
Felicidade est
chantée par Agostinho dos Santos, choisi par Camus au
détriment de João
Gilberto dont la voix était
jugée trop blanche pour figurer l’Orphée noir.
L’ombre de ce dernier plane toutefois sur la musique du film,
auquel certains affirment qu’il aurait participé en
tant que guitariste.
Le succès de
ce film littéralement mythique allait de pair avec celui de
sa propre bande son, alors publiée par Philips/Fontana et
que nous retrouvons aujourd’hui rééditée
sous le label UNIVERSAL JAZZ
re-masterisée et remontée dans
le souci de suivre au mieux la tension tragique des amours
d’Orphée et d’Eurydice telle que l’avaient
imaginée Marcel Camus et Vinicius de
Moraes.
La présente
édition est la première à synthétiser
tous les acquis des éditions précédentes.
Cet album référence
présente donc la musique présente dans le film mais
non reproduite au sein des différents albums
déjà publiés ainsi qu'un important
matériel inédit dormant dans les archives
Philips.
Cette
réédition sera suivie à l’automne 2008
d’une édition de
luxe, en volume très
limité, reprenant l’intégralité de cette
Bande Originale ainsi qu’un deuxième disque regroupant
de nombreux bonus et inédits (dont une pépite
composée par Tom Jobim).
Commentaires