Le 27 septembre 1968, la France découvrait au cinéma
le film qui consacrerait le génie de son réalisateur
: 2001, l’Odyssée de l’espace de
Stanley Kubrick.
Les compositions de Richard Strauss Ainsi parlait
Zarathoustra et de Johann Strauss Le beau Danube bleu
sont indissociables des images du film. Pourtant, à
l’origine, ces musiques ne devaient pas être
là.
Nous sommes en décembre 1967. Le compositeur
Américain Alex North est
embauché par Kubrick pour écrire la musique de son
prochain film. Alex North est un musicien respecté et
admiré à Hollywood. Nommé 11 fois à
l’Oscar, il a signé entre autres les partitions de
Cléopâtre, Un tramway nommé
désir et il vient d’achever Qui a peur de
Virginie Wolf ?
L’idée de travailler sur un film dont seulement 25
minutes sont dialoguées l’enthousiasme. Ce n’est
pas le cas de Stanley Kubrick. Son idée première,
utiliser des partitions classiques déjà existantes
sur un film de SF, n’a pas convaincu la MGM. On lui impose
donc la présence d’un score original et ce sera North,
avec lequel Kubrick a déjà travaillé 7 ans
plus tôt sur Spartacus.
Kubrick et North tentent de trouver une solution : le
réalisateur veut Strauss et Ligeti ? North écrira une
partition originale contenant les ingrédients et
l’essence de ces compositions. Il entame
l’écriture à Londres le 24 décembre.
L’enregistrement est prévu le premier janvier. Nuit et
jour, dans un appartement spécialement aménagé
pour lui par Kubrick, North compose.
Mais la pression est terrible. Victime de spasmes musculaires,
c’est en ambulance qu’Alex North vient à la
première séance d’enregistrement, confiant la
direction des musiciens à son orchestrateur, Henry Brandt.
En deux semaines, 40 minutes de score sont enregistrées en
présence de Kubrick. Le cinéaste ne cesse
d’exiger des changements. North doit sans cesse retravailler
sa partition.
Après onze jours de fortes tensions entre le compositeur et
le réalisateur, Kubrick informe North que sa partition
n’est plus nécessaire. « Je vais remplacer la
musique par des effets de respirations, lui dit-il ». North
propose de retravailler la partition chez lui à Los Angeles,
en vain : sa proposition restera sans réponse.
Ce n’est qu’en Avril, à l’occasion
d’une projection du film à New York, que North
découvre la vérité : Kubrick a finalement
obtenu gain de cause auprès de la MGM. Son film exploite
purement et simplement les partitions préexistantes
accolées à ses images sur le premier mixage.
Et le score d’Alex North écrit pour 2001
l’odyssée de l’espace de tomber aux
oubliettes…
En 1993, le compositeur Jerry Goldsmith enregistrera cette partition
devenue légendaire, sauvant l’honneur et
l’œuvre d’un homme qui, avec beaucoup de respect,
se sera toujours mis au service de l’image.
Cette partition (le générique, dans un style brillant
et pompeux, est un des plus beaux jamais écrits pour le
cinéma) est éditée chez
Varèse.
Vous l'aurez compris: c'est cette partition de 40 minutes et non la bande originale du film qui est à classer parmi mes BOF favorites.
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