Auric, Honegger, Milhaud furent
sollicités par les pionniers du film sonore tout autant que
Chostakovitch. Si la vieille formule
de Stravinsky assimilant la musique de film à du papier
peint est encore trop souvent d’actualité, la
qualité de nombreuses partitions écrites pour le
cinéma permet d’installer la musique de film comme un
art majeur. Mais il est parfois difficile voire impossible
à un compositeur pour l’image de s’exprimer avec
la liberté qui sied à l’artiste. La rencontre
est donc nécessaire : celle de la carpe et du lapin.
Sans Georges Delerue, que serait
François Truffaut ?
Sans Nino Rota, que serait Federico Fellini ?
Sans Bernard Herrmann, que serait Alfred Hitchcock ?
Sans John Williams, que serait Steven Spielberg ?
Sans Henri Mancini, que serait Blake Edwards ?
Sans Angelo Badalamenti, que serait David Lynch ?
Sans Alberto Iglesias, que serait Pedro Almodovar ?
Sans Howard Shore que serait David Chronenberg ?
Sans Philippe Sarde, que serait Bertrand Tavernier
?
L’inverse est aussi valable : difficile d’imaginer ce
que serait Philippe Sarde sans Claude Sautet, Alexandre Desplat
sans Jacques Audiard, Gabriel Yared sans Anthony Minghella…
Ces couples de cinéma se sont construits
passionnément. Il est souvent question de relations
fusionnelles, d’infidélités et de trahisons. La
liste de collaborations exemplaires est longue. Les divorces sont
légions. Le départ de 'un une immense douleur pour
l'autre, l'impossibiliter de poursuivre un certain chemin de
création. Mais pour que l’œuvre existe dans
l’œuvre, il faut parler le même langage : celui
de l’exigence. Celui de la liberté.
Des premières musiques d’accompagnement («
L’assassinat du Duc de guise (1908) » partition
signée Camille Saint-Saëns) à «
Reviens-moi » (Golden Globe 2008 de la meilleure musique de
film, partition de Dario Marianelli), un siècle s’est
écoulé, soit cent années de partitions
musicales écrites pour le cinéma, par des
compositeurs de plus en plus contraints par des délais et
des systèmes de productions à
l’économie, nourris d’images, de
références musicales, jusqu’à
l’étouffement.
Sans l’aide du réalisateur, sans son engagement
personnel, sans une relation de confiance avec le compositeur, la
partition écrite risque fort d’être
négligée : sacrifiée au mixage pour laisser
place aux effets sonores, recalée par un public lors
d’une preview, recoupée à volonté,
confettisée, enregistrée à prix réduit,
elle se vide de sa substance.
La réussite d’une partition de film relève de
la responsabilité du cinéaste et de ses
capacités à la défendre - in fine,
n’elle-t-elle pas aussi le révélateur de son
identité, de sa personnalité et de son univers ? Si
tous les lapins du monde pouvaient
l’entendre…

Merci pour vos émissions et plein de belles choses..
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