Accueil Date de création : 08/09/07 Dernière mise à jour : 03/07/09 19:01 / 112 articles publiés

LA CARPE ET LE LAPIN  posté le lundi 11 août 2008 14:04

gabriel yared

 




Auric, Honegger, Milhaud furent sollicités par les pionniers du film sonore tout autant que Chostakovitch. Si la vieille formule de Stravinsky assimilant la musique de film à du papier peint est encore trop souvent d’actualité, la qualité de nombreuses partitions écrites pour le cinéma permet d’installer la musique de film comme un art majeur.  Mais il est parfois difficile voire impossible à un compositeur pour l’image de s’exprimer avec la liberté qui sied à l’artiste. La rencontre est donc nécessaire : celle de la carpe et du lapin.

Sans Georges Delerue, que serait François Truffaut ?
Sans Nino Rota, que serait Federico Fellini ?
Sans Bernard Herrmann, que serait Alfred Hitchcock ?
Sans John Williams, que serait Steven Spielberg ?
Sans Henri Mancini, que serait Blake Edwards ?
Sans Angelo Badalamenti, que serait David Lynch ? 
Sans Alberto Iglesias, que serait Pedro Almodovar ?
Sans Howard Shore que serait David Chronenberg ?
Sans Philippe Sarde, que serait Bertrand Tavernier ?

L’inverse est aussi valable : difficile d’imaginer ce que serait Philippe Sarde sans Claude Sautet, Alexandre Desplat sans Jacques Audiard, Gabriel Yared sans Anthony Minghella… Ces couples de cinéma se sont construits passionnément. Il est souvent question de relations fusionnelles, d’infidélités et de trahisons. La liste de collaborations exemplaires est longue. Les divorces sont légions. Le départ de 'un une immense douleur pour l'autre, l'impossibiliter de poursuivre un certain chemin de création. Mais pour que l’œuvre existe dans l’œuvre, il faut parler le même langage : celui de l’exigence. Celui de la liberté.
Des premières musiques d’accompagnement (« L’assassinat du Duc de guise (1908) » partition signée Camille Saint-Saëns) à « Reviens-moi » (Golden Globe 2008 de la meilleure musique de film, partition de Dario Marianelli), un siècle s’est écoulé, soit cent années de partitions musicales écrites pour le cinéma, par des compositeurs de plus en plus contraints par des délais et des systèmes de productions à l’économie, nourris d’images, de références musicales, jusqu’à l’étouffement.
Sans l’aide du réalisateur, sans son engagement personnel, sans une relation de confiance avec le compositeur, la partition écrite risque fort d’être négligée : sacrifiée au mixage pour laisser place aux effets sonores, recalée par un public lors d’une preview, recoupée à volonté, confettisée, enregistrée à prix réduit, elle se vide de sa substance.
La réussite d’une partition de film relève de la responsabilité du cinéaste et de ses capacités à la défendre - in fine, n’elle-t-elle pas aussi le révélateur de son identité, de sa personnalité et de son univers ? Si tous les lapins du monde pouvaient l’entendre… 

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Tous les commentaires de l'article:
LA CARPE ET LE LAPIN

  • PPC

    lun 18 aoû 2008 21:47

    Ai-je bien entendu ? Le Parking va passer à 21h00 tous les soirs de l'année. En voilà une bonne nouvelle. Ma nostalgie des après-midi (vous avez fait un bon voyage? Excellent comme toujours), ma petit bonheur à la carte (podcast pour mon trajet en train) retrouve enfin une place digne de mon cerveau droit.

    Bravo à toute l'équipe, le talent est toujours reconnu, même si ça peut prendre un peu de temps.

  • Kirl mailto

    lun 11 aoû 2008 21:52

    Sophie Loubière, une voix mystérieuse et magnétique entendue depuis plusieurs Eté à la radio....une des voix les plus sexys et apaisante de la radio, élégance, charme et intelligence en plus.Ce soir j'ai eu envie de mettre un visage sur ce nom et je suis arrivé ici...Je ne suis pas déçu Merci pour vos émissions et plein de belles choses..

  • Frenchsnoopy mailto

    lun 11 aoû 2008 15:37

    " de ses capacités à la défendre"....Ces mots résonnent étrangement lorsqu'on pense à l'expérience vécue par Gabriel sur TROY...ou plus loin dans le temps celle de Benny Herrmann sur LE RIDEAU DECHIRE !
    Ils sont en effet relativement peu nombreux, les cinéastes qui cultivent l'amour de la musique et le respect pour les compositeurs (les Spielberg, Corneau, Deville, Resnais, etc)...D'autres relations exemplaires sont moins citées : Jerry Goldsmith et Franklin Shaffner (ou Joe Dante), Georges Delerue et Philippe de Broca, Ennio Morricone et Guiseppe Tornatore...Ces exemples sont l'expression d'une réussite artistique qui dépasse les impondérables de l'industrie du rêve...Le cinéma a bien souvent besoin de musique, quoiqu'en dise les grincheux, en cela les mots de Stravinsky, parfois justes, peuvent prêter à rire, si l'on compare le beau patrimoine accumulé après 100 ans de musique pour le cinématographe, comparé à celui de certaines tendances de l'avant-garde musicale ! Cela me fait souvent penser que la musique a aussi eu "besoin" du cinéma à une époque où la mélodie, l'émotion, si profondément humaines, n'étaient plus les bienvenues dans certaines branches de la musique occidentale...