Avez-vous remarqué que cette année, rares étaient les vitrines décorées de citrouilles ou de sorcières débridées ? Même les bazars où piles électriques voisinent avec bols en Pyrex et fleurs en plastique n’ont pas cru bon de ressortir la déco orange et noir, les fausses dents de vampire et les masques gadgets. Dommage, moi j’aime bien quand les enfants se lâchent et que les parents contribuent à ces jeux de rôles, aidant leurs bambins à se transformer en momie ou en monstre sanguinolent.
Alors, la semaine dernière, quand j’ai vu qu’on rediffusait le fameux film de John Carpenter à la télévision, je me suis empressée de réécouter la musique du film Halloween, histoire de me remettre dans le bain.
Le scénario d’Halloween a été écrit en moins de 12 jours par John Carpenter et la scénariste Debra Hill. Initialement appelé le tueur de baby-sitters (ce qui était plutôt cloche), l’idée que l’action puisse se dérouler un 31 octobre donne finalement au film le titre Halloween, plus vendeur pour le genre horror movie. Le titre français s’enrichit d’un La nuit des masques : il faut bien le dire, à cette époque, on ignore tout ou presque de cette fête qui nous semble typiquement américaine (mais dont les origines sont païennes). Alors on évoque l’idée de masque – pour faire plus carnaval.
Le film est tourné l’été 78. C’est le premier du genre tourné par Carpenter. Une projection de montage final (final cut) sans effet sonore ni musique a lieu devant une jeune productrice exécutive de la 20th Century Fox. Problème : le film ne l’effraye pas le moins du monde.
Pour vous rendre compte de ce qu’elle a pu voir, faites l’expérience de revoir le film en coupant le son. Vous constaterez alors que les plans sont souvent interminables, les personnages rikiki dans le champ, et l’action (les meurtres) vite expédiés à l’image. Résultat : on a l’impression de voir un documentaire sur la vie de jeunes filles habitant une petite ville tranquille et sur leurs habitudes (revenir de l’université en papotant, fumer des joints dans une voiture, garder des gamins en leur faisant du pop-corn, discutailler au téléphone et penser à fricoter avec des garçons). Pas de quoi effrayer un chat noir.
Carpenter est donc résolu à sauver son film « avec la musique » comme jadis Hitchcock le fit pour Psychose. C’est d’ailleurs à cette partition que le réalisateur va se référer pour composer celle d’Halloween.
Carpenter a des velléités de compositeur depuis ses premiers films d’étudiants. La partition d’Halloween sera de toutes la plus vite faite. Formation orchestrale réduite au minimum, utilisation du son basique d’un instrument, violons suraigus ou basses tonalités seront les orientations principales de Carpenter.
Il plaque quelques accords sur un synthétiseur, un embryon de ligne mélodique prend forme. Le programmateur Dan Wyman arrange un peu l’ensemble, jouant sur le rythme et les fréquences sonores. Réalisée en double-blind, la musique de film est enregistrée en studio sans aucune synchronisation image. Mais on ne peut pas dire que cela s’entende. En revanche, la répétition du thème principal du film tourne vite dans notre tête comme une ritournelle infernale ; cela finit par nous mettre les nerfs à vif.
Pour le générique, Carpenter s’inspire d’un exercice rythmique que son père lui a appris quand il était petit en jouant sur des tamtams. L’effet dramatique est essentiellement obtenu avec l’ajout d’accords électroniques brefs et puissants enregistrés à la suite les uns des autres. Plus tard, ces accords stridents seront collés sur différentes séquences du film.
En deux semaines, la musique est enregistrée et le film mixé. Avec ses nappes synthétiques, ses effets sonores un brin lourdingues et ses fréquences rythmiques alternées, Halloween demeure aujourd’hui encore la référence musicale de tout bon film d’horreur. Hélas, épuisée par mes journées de maman-qui-a-repris-son-travail-et-qui-ne-dort-pas-assez, je me suis écroulée de sommeil dans le canapé avant d’avoir atteint le milieu du film ! Effrayant, isn’t it ? Pire ! Mon ordi tombe en carafe le 1er novembre. Privée de blog jusqu’à ce que de bonnes ondes rétablissent la connexion Internet sur mon petit ibook. Ça m’apprendra à me moquer d’un film culte : bah oui ! La seule vraie question que l’on peut se poser en voyant le film, c’est comment le tueur psychopathe a bien pu apprendre à conduire vu qu’il était enfermé dans un hôpital psychiatrique depuis l’âge de 7 ans…
Commentaires