1973. Richard
Lester tourne en Espagne son premier film d’époque
Les trois mousquetaires. Révélé au public avec deux films
portés par le phénomène Beatles Help ! et A hard
day’s night, ce réalisateur américain exilé en
Angleterre veut revitaliser dans une version anticonformiste le
classique d’Alexandre Dumas.
Derrière cette folle ambition, le
producteur Alexander Salkind.
C’est lui qui ajoute au casting du film un compositeur
français fraîchement récompensé par un deuxième oscar pour Un
été 42 : Michel
Legrand.
Legrand aime l’approche insolite du
roman et le fait que les conventions du film de cape et
d’épée soient respectées. C’est avec enthousiasme
qu’il se rend à la première projection de travail. Il prend
vite conscience de l’ampleur de sa tâche : huit duels,
des chevauchées, des musiques de cour, une grande ouverture, un
final, et deux thèmes
d’amour…
La partition est
pharaonique.
Il a deux semaines pour
l’écrire.
Le compositeur se met au travail. Il
courtise l’époque tout en lui tordant le cou, intègre à un
langage contemporain Lully et Verdi, donne à son écriture esprit et
fantaisie comme avec cet épatant scherzo de la séquence du
lavoir.
Le film sort pour les fêtes de fin
d’année 73 en grandes pompes avec soirée de gala. Devant son
succès, fort de l’abondant matériel tourné, le producteur
décide de sortir une deuxième époque en utilisant des éléments non
montés du film original. C’est la levée de bouclier chez les
comédiens et le début de duels de procédures. Quant à la musique,
pour Michel Legrand, c’est une mission impossible. Comment
écrire une partition sur ce deuxième opus bien moins brillant,
fabriqué à partir des chutes d’un
tournage ?
The four musketeers (On
l’appelait Milady) finit par sortir deux ans plus tard… avec
une musique de Lalo Schifrin, le
compositeur de… Mission :
impossible.
Retrouvez la partition de Michel Legrand
Les trois mousquetaires sur l'album qui vient de paraître
chez Universal. (La colec' de Stéphane
Lerouge, le gars qui aime les surgelés au sans propre comme
au figuré)
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BONUS - BONUS - BONUS
Figure également sur le disque la
partition refusée ( et inédite) de La rose et la flèche,
film de Richard Lester. Un Robin des Bois de retour des croisades,
vieillissant, déprimé... et amoureux, avec Sean Connery dans le
rôle de Robin. Legrand composera un score plus que déconcertant,
alternant allegros, fugues dissonantes et mouvements lents,
s'abîmant dans l'illustration moderne de la passion et de la
douleur. Lester, effrayé, se sauvera en courant de la séance
d'enregistrement. Et c'est John
Barry qui composera finalement le score du film depuis son
hôtel à Los Angeles sans jamais rencontrer le
réalisateur.
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